Manas- Le héros Kirghize

Publié le par GERARD Roland

L’épopée de Manas
Depuis la nuit des temps en Asie centrale, les contes et les légendes sont popularisés par des chants, des poèmes et récits que transmettent les bardes itinérants, appelés akyn en langue kirghize.

Manas, le héros dont les nombreux exploits furent transmis de génération en génération, est naturellement grand, fort, brave, et né leader. Il est le grand khan, ou batyr, et incarne les origines du peuple kirghize.

Son épopée porte le surnom de “L’Illiade des steppes”. Un cycle entier de récits poétiques, vingt fois plus long que “L’Illiade” attribuée à Homère. Manas, en fait, raconte le peuple kirghize, dans le sens où Achille ou Agamemnon racontait les Grecs.

Autrefois, les askiyachi. conteurs illettrés, répétaient, brodaient et improvisaient les exploits de leur héros, dans l’intimité de la yourte. Mais le déclin de la tradition orale fut inévitable à l’époque soviétique, avec l’avènement de l’écriture et de la littérature. C’est pourtant à cette époque que l’épopée de Manas fut attribuée aux Kirghizes, afin de créer des cultures bien séparées entre les divers peuples d’Asie centrale.
Depuis lors, l’intérêt pour Manas n’a cessé de croître. Un élan fantastique lui fut donné lorsque le gouvernement kirghiz et l’UNESCO déclarèrent, en 1995, “L’année internationale de Manas”. Un grand festival fut organisé pour le millième anniversaire du héros. La légende lui a même assigné une tombe située près de Talas et supposée construite par sa femme Kanykey. Aujourd’hui, Manas apparaît même dans les livres, les opéras, les films et les séries télévisées.



L'épopée Manas est une œuvre littéraire collective monumentale, issue de la tradition orale du peuple kirghiz, apparue dans le massif du Tian Shan, en Asie centrale.

Il en existe au minimum 75 versions, complètes ou fragmentaires, dont la première a été mise par écrit en 1856, par l'explorateur kazakh Valikhanov. Les versions les plus longues comptent plus de 500 000 vers, soit deux fois la longueur du Mahâbhârata. C'est le cas notamment de celle du conteur Karalaïev, qui a été mise par écrit sous sa dictée dans la première moitié du XXe siècle.

Dans sa forme courante actuelle, elle est composée de trois parties racontant les aventures de trois héros principaux dont elles portent le nom :

  • "Manas le noble", le héros de référence, guide et unificateur des Kirghizes, fort, parfois cruel et rusé, mais le plus souvent généreux et loyal, il est tout dévoué à sa destinée historique ;
  • "Semetey", son fils ;
  • "Seitek", représentant de la troisième génération.

Le thème central est la lutte d'indépendance des nomades kirghizes contre les Chinois, sous dynastie mongole, qui les amène à marcher sur Pékin. Né dans l'Altaï, où les kirghizs sont exilés, Manas ramène ceux-ci dans leur Ala-Too d'origine où Manas constitue sa garde rapprochée de quarante preux et s'adjoint un guerrier Oyrat, Almanbet, avec lequel il projète une marche sur Pékin. Manas se marie à la belle Kanykey, mais pendan la trêve traditionnelle des festivités, la zizanie renaît entre les kirghizes, et particulièrement entre Manas et son oncle Köchkö Khan, passé au service des mongols. Manas est assassiné et son fils Semetey s'enfuit à Boukhara avec sa mère. Dans le second volet, Semetey reconquit le pays kirghiz en affrontant son grand-père, puis meurt lui aussi assassiné, au milieu des trahisons. Né dans des conditions scabreuses, Seytek, le petit-fils, traverse les mêmes viscissitudes, mais parvient à étendre la domination de son khanat jusqu'à Tachkent.

Certaines couches de l'épopée, qui pourraient remonter à l'antiquité ancienne, ou simplement au VIIIe siècle de notre ère, évoquent les représentations mythologiques des Kirghizes. Les couches les plus récentes reflètent la résistance des Kirghizes contre les envahisseurs Kalmouks, appelés aussi oyrats, subdivision des mongols, qui remonte au XVIe-XVIIIe siècles. Certains personnages ou événements renvoient de façon certaine, à des figures ou faits historiques qui peuvent être magnifiés, ou, au contraire stylisés. Pour nombre d'éléments, l'origine n'est plus reconstituable. C'est notamment le cas du personnage de Manas lui-même, dont l'existence d'un prototype historique est controversée, bien que son tombeau soit officiellement ouvert à la visite dans la province de Talas au Kirghizstan.

L'épopée suit une forme poétique au rythme régulier riche de rimes et d'alitérations. Sa récitation psalmodiée est également ritualisée : le conteur, assi en tailleur, accompagne sa déclamation de gestes qui tantôt miment les actions et tantôt marquent simplement le rythme, soutenant l'effort de mémorisation. Lorsqu'il se prolonge plusieurs heures, ce conte s'apparente à une transe. Le court métrage "Manastchi" (conteur de Manas), de Bolotbek Chamchiev, qui rend hommage au conteur Karalaïev, donne un bon aperçu de ce phénomène littéraire.

Du fait de son volume, l'épopée suppose plusieurs journées pour être racontée en entier. C'est pourquoi s'est constitué un corps spécifique de conteurs chargé de la réciter lors des grands événements familiaux comme les fêtes de puberté, les mariages, les naissances, ou sociaux comme les foires ou les assemblées de chefs politiques connues sous le nom de Kouroultaï. L'entrée dans la fonction de Manastchi était réputée faire l'objet d'une vocation survenue en songe. Elle était traditionnellement précédée d'une longue initiation auprès d'un maître, au cours de laquelle le futur conteur devait retenir la trame, les enchaînements et les caractéristiques de chaque personnage de l'épopée. Il apprenait également par cœur le plus possible de morceaux complets de la composition de son maître.

L'épopée Manas a été traduite en plusieurs langues, notamment en russe et en anglais.


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Publié dans Culture

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